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L’ONU négocie avec Pékin pour une visite au Tibet

Posté par cercletibetverite le 16 octobre 2014

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/2091645/2014/10/16/L-ONU-negocie-avec-Pekin-pour-une-visite-au-Tibet.dhtml

L’ONU négocie avec Pékin pour une visite au Tibet

Par: rédaction

16/10/14 – 15h39  Source: Belga L'ONU négocie avec Pékin pour une visite au Tibet dans Tibet media_xll_7206993 Zeid Ra’ad Al Hussein © epa.

Le Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies Zeid Ra’ad Al Hussein a indiqué jeudi être en discussions avec la Chine pour une visite au Tibet.

Pékin a « accepté la recommandation qu’il y ait une visite du Haut Commissaire au Tibet et nous en discutons avec les autorités chinoises », a-t-il dit dans une conférence de presse à Genève.

M. Zeid a indiqué en être simplement au stade « des discussions préliminaires » mais a souligné qu’il envisageait une visite de plusieurs jours.

La Région autonome du Tibet est fermée à la presse étrangère basée à Pékin et d’accès restreint et très contrôlé pour les autres visiteurs depuis les émeutes antichinoises de Lhassa de mars 2008. Beaucoup de Tibétains se plaignent du contrôle strict imposé par la Chine sur leur culture boudhiste et sur les ressources du Tibet.

Le Conseil des Droits de l’Homme avait recommandé cette visite en octobre 2013 lors de son examen périodique de la situation des droits en Chine, une procédure à laquelle doivent se soumettre tous les membres de l’ONU tous les quatre ans.

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Les 13 premiers dalaï-lamas : 5 siècles sur le toit du monde

Posté par cercletibetverite le 16 octobre 2014

http://www.lemondedesreligions.fr/savoir/les-13-premiers-dalai-lamas-5-siecles-sur-le-toit-du-monde-16-10-2014-4243_110.php

Bouddhisme

Les 13 premiers dalaï-lamas : 5 siècles sur le toit du monde

Virginie Larousse – publié le 16/10/2014

Moine moraliste ou poète volage, fin diplomate ou réformateur intransigeant… Bien que partageant la même émanation, les dalaï-lamas se suivent mais ne se ressemblent pas. Portraits choisis.

Portrait (colorisé) du 13e dalaï-lama.

Portrait (colorisé) du 13e dalaï-lama.

 

Si les dalaï-lamas sont à la fois l’émanation d’Avalokiteshvara, le très populaire bodhisattva de la compassion, mais aussi celle de son prédecesseur dans cette fonction, il ne faudrait pas en déduire trop hâtivement que le dalaï-lama n’est que la copie conforme de celui qui le devança. Chacun d’entre eux a une personnalité marquée, avec son caractère propre, ses forces et ses faiblesses. Chacun d’entre eux, à sa manière, a contribué à faire évoluer l’institution qu’il incarnait, autant que le pays auquel il est intrinsèquement lié. Mais si leur destin est loin d’avoir été identique, tous sont issus de la puissante branche Gelugpa du bouddhisme tibétain.

Fondée au début du XVe siècle par le lama Tsongkhapa, l’école Gelugpa a pour ambition de redonner de l’importance aux canons du Vinaya, le code éthique des moines (surnommés, dans cette école, « bonnets jaunes » en raison de leur costume). Elle devient la première force religieuse et politique au Tibet pendant le XVIe siècle, et connaît un incroyable succès en Mongolie et dans le sud de la Sibérie, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. De nos jours, encore, c’est la plus influente des doctrines du bouddhisme tibétain.

Naturellement, celui qui fut reconnu, à titre posthume, comme le 1er dalaï-lama, ne pouvait qu’appartenir à cette école. C’est le neveu de son fondateur, le moine Gendün Drub (1391-1474), qui est identifié comme tel. Qualifié, à une époque où le titre de dalaï-lama n’existait pas encore, d’Omniscient et de grand pandita (érudit), il était reconnu dès son vivant comme l’incarnation d’Avalokiteshvara. Sa naissance même est auréolée, à l’instar de celles des grands mystiques, de légendes miraculeuses : cherchant à le mettre à l’abri d’une attaque de voleurs, sa mère aurait dissimulé le nourrisson dans une grotte. Mais, une fois le danger écarté, alors qu’elle allait le récupérer, la jeune femme réalisa avec horreur que des chacals rôdaient autour de la cachette, et craignit le pire. Pour son plus grand soulagement, un vautour, incarnation d’une déité du bouddhisme, avait veillé sur le bébé. Ordonné moine à l’âge de 20 ans, le 1er dalaï-lama n’a de cesse de diffuser les enseignements de Tsongkhapa, œuvrant, en particulier, à faire respecter les préceptes moraux alors fort négligés dans certains monastères. Sollicité à plusieurs reprises pour prendre la tête de l’école des Gelugpa, il refuse, préférant mener un travail de terrain, et fonde notamment le monastère de Tashilhunpo (province du Tsang), appelé à un brillant avenir.
Immédiatement après sa mort, on trouve sa réincarnation en la personne du plus haut dignitaire des Gelugpa, Gendün Gyatso (1475-1542). Fin politique, il renforce habilement ses relations de patronages – il enseigne à des princes ou autres éminents personnages, ces derniers garantissant sa sécurité économique et politique – et contribue donc grandement à asseoir l’autorité des Gelugpa.

En 1546, le futur Sonam Gyatso (1543-1588) est officiellement reconnu comme son successeur. Son intelligence politique et sa clairvoyance allaient déterminer le tournant politico-religieux qui se produisit en Mongolie, à la fin du XVIe siècle. Poursuivant l’œuvre de son prédecesseur, l’homme n’est pas sans comprendre l’importance de s’allier les puissants de ce monde pour diffuser la doctrine des Gelugpa, et entreprend donc d’aller prêcher auprès des voisins mongols. En 1578, l’empereur mongol Altan Khan propose au maître tibétain une relation dite yon-mchod, « donateur-donataire » : un « seigneur des offrandes » laïc pourvoit aux besoins d’un maître spirituel, par des paiements en nature, en argent ou par une protection, voire une aide militaire. Comme le voulait la coutume, ils échangèrent des titres honorifiques pendant leur rencontre, et c’est ainsi qu’Altan Khan qualifia le sage de « magnifique Vajradhara (Bouddha primordial), océan bon, brillant et plein de mérites ». En bref, de dalaï-lama. À vrai dire, cet événement était tout à fait mineur à l’époque de Sonam Gyatso. Ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que ses conséquences deviennent essentielles, lorsque le pouvoir politique est mis dans les mains du dalaï-lama.

Réincarnation providentielle

Providentiellement, la réincarnation de Sonam Gyatso est identifiée dans la personne du fils d’un prince mongol de la famille d’Altan Khan. Coup de génie de la part des Gelugpa, qui renforcent ainsi de façon fort stratégique leurs excellentes relations avec les Mongols. Yönten Gyatso (1589-1616) est, à ce jour, le seul dalaï-lama d’origine non tibétaine. Un choix d’autant plus opportun qu’à cette époque, le Tibet est en proie à la guerre civile, et que les alliés mongols se révélèrent être les sauveurs de la situation.

Tout aussi providentielle est l’identification du 5e dalaï-lama, Ngawang Lobsang Gyatso (1617-1682),   surnommé « le Grand Cinquième », et dont le règne est resté dans les annales de l’histoire tibétaine. Doté d’un sens politique exceptionnel, il permit l’unification du Tibet en 1642, après l’âpre guerre civile qui avait déchiré différents clans. C’est pendant son ère que le dalaï-lama acquiert le statut de protecteur d’un pays dont l’identité nationale se forge peu à peu autour de sa fonction et du palais du Potala, qu’il fait construire à Lhassa.

Sa renommée est telle que l’empereur mandchou de Chine l’invite, en grande pompe, à Pékin. Érudit exceptionnel, le Grand Cinquième est l’auteur d’une œuvre prolifique. Une popularité si grande que son décès fut tenu secret… pendant plus de dix ans, le régent prétendant qu’il était entré dans une longue retraite de méditation. L’annonce de sa mort est finalement accueillie avec force larmes et lamentations. Deux siècles plus tard, à Lhassa, on se remémorait encore les vertus du vénérable dalaï-lama.

Erreur de casting

Dès lors, quelle ne fut pas la surprise que sa réincarnation provoqua par son comportement pour le moins inadapté. Les parents mêmes de celui qui allait devenir le 6e dalaï-lama, Tshangyang Gyatso (1683-1706), doutaient à ce point que leur fils fût la réincarnation d’un maître qu’ils tentèrent d’empêcher les émissaires, guidés par les oracles, de voir le garçon. Ce dernier est pourtant bel et bien identifié comme tel. Bien plus passionné par la pratique du tir à l’arc que par l’étude des textes sacrés, il éclate en sanglots au moment d’être tonsuré. Pire, il menace de se suicider si on ne le laisse pas renoncer à ses vœux. Au bout de quelque temps, il refuse tout simplement la tonsure et le froc, préférant arborer cheveux longs, tuniques de brocart bleu et bijoux aristocratiques. Se sentant autorisé à mener la vie qu’il souhaite, il passe ses journées à tirer à l’arc ou à chevaucher avec des amis, et ses nuits dans les tavernes ou les maisons privées, à courtiser des jeunes filles – y compris celle du régent. Le 6e dalaï-lama était, il faut dire, doué d’un talent remarquable dans la composition de poèmes amoureux d’une rare sensibilité. Mais les hiérarques Gelugpa n’ont que faire de ce talent. Inquiets des conséquences qu’un tel comportement était susceptible d’entraîner, ils décident, en accord avec les Chinois et les Mongols, de le faire arrêter et déporter. L’excentrique lama meurt en chemin – même si certaines légendes racontent qu’il aurait en fait échappé à ses gardes pour mener la vie amoureuse qui lui convenait…

De fait, les dalaï-lamas, du 6e au 12e, furent loin d’égaler le Grand Cinquième. Leur rôle dans la direction du Tibet s’affaiblit, alors que l’influence de pays étrangers (en particulier de la Chine) ne fait que s’accroître. À partir du 7e dalaï-lama, Kelsang Gyatso (1708-1757), les Chinois établissent une mainmise sur le Pays des Cimes enneigées, au point d’en faire une colonie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, en y implantant des ambans, ou gouverneurs mandchous. Ce qui explique notamment pourquoi la Chine moderne revendique le contrôle du Tibet, qui joue un rôle clé pour la sécurité de ses frontières occidentales. Le 7e dalaï-lama n’exerce alors plus qu’un rôle religieux. Son successeur, Jampel Gyatso (1758-1804), ne peut malheureusement pas faire mieux : diverses structures administratives sont mises en place pour renforcer l’autorité des Qing chinois dans les affaires tibétaines, et ce d’autant que les Tibétains sont contraints de les appeler à l’aide pour contrer une invasion des Népalais. Les Chinois commencent même à intervenir dans le choix des incarnations des dalaï-lamas et des panchen-lamas.

Les quatre dalaï-lamas qui se succèdent au XIXe  siècle meurent particulièrement jeunes (entre l’âge de 9 et de 24 ans), dans des circonstances d’ailleurs obscures. Ont-ils été assassinés par des agents des Qing, de façon à fragiliser l’institution ? Ont-ils été au contraire supprimés par des aristocrates tibétains soucieux d’éviter qu’un pouvoir fort ne contrecarre leurs intérêts ? Toujours est-il que la domination chinoise se renforce sur le Toit du Monde. Le 9e dalaï-lama, Lungtok Gyatso (1805-1815) fit pourtant forte impression à Thomas Manning, commerçant britannique parmi les premiers à nouer des liens avec le Tibet. Selon lui, le petit dalaï-lama était un beau garçon, élégant, raffiné, intelligent, qui contrôlait parfaitement ses facultés à l’âge de 6 ans. Le 10e dalaï-lama, Tsultrim Gyatso (1816-1837), de santé fragile, ne joua aucun rôle, tout comme le 11e dalaï-lama, Kedrup Gyatso (1838-1855) et le 12e, Tinle Gyatso (1856-1875).

Contraint par deux fois à l’exil

Heureusement, une nouvelle ère semble s’ouvrir avec le 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso (1876- 1933). Exaspéré par l’ingérence de la Chine, il est de plus confronté aux ambitions des Britanniques sur le Tibet, lesquels n’hésitaient pas à y mener des incursions armées. Le jeune dalaï-lama fait des rêves inquiétants, et est victime à 24 ans d’une tentative de meurtre par magie noire – un mantra de malheur ayant été dissimulé dans ses bottes. Soucieux d’éviter toute mainmise des Anglais sur son pays, il sollicite, sans succès, l’aide des Russes, et est finalement contraint de s’exiler en Mongolie, en 1904. En 1908, il se rend à Pékin pour y rencontrer l’impératrice, véritable maîtresse du pays. L’ambassadeur américain en Chine, qui assiste à la scène, raconte : « Le dalaï-lama avait été traité avec tout le cérémonial dont tout souverain indépendant aurait pu être gratifié ». Lorsque l’impératrice meurt quelques mois plus tard, c’est le dalaï-lama qui conduit les rituels funéraires et compose l’éloge funèbre…

De retour à Lhassa après presque cinq ans d’exil, il prend cependant conscience des manœuvres des Chinois pour s’emparer du territoire, d’autant qu’un officier sanguinaire, Zhao Erfeng, nommé résident impérial au Tibet, va mater brutalement une rébellion tibétaine. De nouveau, le 13e dalaï-lama doit s’enfuir et se réfugier en Inde. Mais en 1911, la révolution en Chine provoque le chaos au sein de l’armée, ce dont les Tibétains profitent pour reprendre le contrôle de leur pays. De retour à Lhassa, le dalaï-lama coupe tous les liens avec la Chine et proclame le Tibet indépendant, précisant qu’avec la formation du nouveau gouvernement en Chine, la relation traditionnelle entre les deux pays, fondée sur le yon-mchod, « se dissolvait comme un arc-en-ciel dans le ciel ». En outre, il décide de procéder à des réformes destinées à moderniser son pays, en particulier au niveau militaire et social (création d’écoles inspirées du modèle anglais, installation de l’électricité dans la capitale, mise en place d’un réseau postal, etc.).

Des Paroles prophétiques

La politique de cet homme intransigeant – il ne s’opposa pas à la décapitation de plusieurs membres du gouvernement accusés d’avoir collaboré avec les Chinois – se révèle pourtant inefficace, car elle se trouve en butte à de nombreuses résistances. Il n’en demeure pas moins que le 13e dalaï-lama est l’un de ceux qui marqua le plus l’esprit de ses compatriotes. Quelques mois avant sa mort, il déclare : « Si nous ne sommes pas capables de défendre notre pays, les saints lamas, y compris “les père et fils triomphants” (le dalaï-lama et le panchen-lama) seront éliminés sans qu’il reste trace de leurs noms ; les biens des lamas réincarnés et des monastères, ainsi que l’argent destiné aux services religieux seront saisis […] ; mes fonctionnaires, dépossédés de leur patrimoine et de leurs biens, seront réduits à l’état d’esclaves ; et mon peuple, soumis à la peur et à la misère, sera incapable de supporter le jour et la nuit. Une telle ère viendra certainement. » Paroles ô combien prophétiques.

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Le cri des artistes tibétains

Posté par cercletibetverite le 16 octobre 2014

http://www.sudouest.fr/2014/10/16/le-cri-des-artistes-tibetains-1705862-4043.php

Le cri des artistes tibétains

Le cri des artistes tibétains
Un jeune tibétain exilé à Paris a rejoint Loten Namling et les jazzmen de Patrick Delory étaient sur la scène paloise. © Photo

Photo m.-j. e.

Très réussie, l’édition 2014 de la fête tibétaine organisée à Pau par l’Association de Billère pour l’art et la culture du Tibet (Apact) a permis l’expression de témoins vivants de la difficile situation du peuple tibétain.

Outre l’artiste Loten Namling, Couleurs Tibet accueillait avec émotion la jeune Dolma Palkyi, rescapée de la fusillade des gardes frontières chinois sur 75 Tibétains en 2006 au col du Nangpa La.

Une émotion d’autant plus forte que, comme de nombreux enfants, elle est une filleule de l’Apact, ayant été parrainée par un couple palois très investi au sein de l’association.

Marie-Joelle Encinas

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De la démocratie en Chine

Posté par cercletibetverite le 16 octobre 2014

http://www.contrepoints.org/2014/10/16/184731-de-la-democratie-en-chine

De la démocratie en Chine

Publié le 16 octobre 2014 dans Non classé

Par Guy Sorman.

tienanmen crédits Mandiberg (licence creative commons)

Les Européens estiment généralement que les Chinois ne savent pas ce qu’est la démocratie et qu’ils n’y aspirent pas. Ce relativisme est ancien : au XVIIIe siècle, les premiers écrits sur la Chine, œuvres de missionnaires jésuites, firent croire en une civilisation radicalement différente où le régime politique idéal était le despotisme éclairé d’un Empereur bienveillant assisté d’une bureaucratie de lettrés. Les actuels dirigeants communistes de la Chine, après avoir joué la carte de la révolution mondiale dans les années 1960, se sont reconvertis en héritiers de l’Empire de naguère. Rien de plus rassurant pour les Occidentaux : le nouveau discours chinois coïncide avec les préjugés d’antan.

Cette convergence des stéréotypes ne décrit évidemment pas l’histoire réelle de la Chine, ni impériale, ni communiste. Les Empereurs furent contestés, les dynasties renversées, la guerre civile permanente et la bureaucratie corrompue. S’il existe une continuité entre Chine impériale et Chine communiste, c’est la corruption des représentants de l’État et le refus de partager toute autorité. L’Empereur n’acceptait que l’allégeance de ses sujets et des représentants étrangers. Les dirigeants communistes, de la même manière, considèrent qu’ils détiennent le monopole du vrai, tout en changeant incessamment de cap : mais jamais ils ne négocient et ne supportent la moindre critique. Lorsqu’un conflit surgit entre le peuple et ses dirigeants, aujourd’hui comme naguère, les dirigeants chinois ne dialoguent pas, ils répriment. En 1989, contre des étudiants qui protestaient contre la corruption du Parti communiste, Place Tien Anmen à Pékin, Deng Xiaoping dépêcha l’armée et écrasa les rebelles. Le Premier secrétaire du Parti communiste d’alors, Zhao Ziyang, fut destitué pour avoir envisagé de négocier avec ces étudiants. Depuis cette époque, le peuple a été apaisé par la croissance mais pas totalement : chaque année, il se produit en Chine plusieurs milliers d’événements « illégaux », selon le vocabulaire du Parti, toujours réprimés avec violence par des forces de police spéciales, voire par des gangsters (les triades), de mèche avec le Parti communiste. Ces « incidents » naissent toujours de conflits locaux avec les dirigeants communistes qui se comportent au niveau du village, du quartier ou de l’entreprise, de la même manière que le Pouvoir central. La seule voie de résolution des conflits autorisée par la Constitution est la pétition aux autorités supérieures, un héritage impérial : mais les pétitionnaires sont battus et incarcérés. Rappelons que Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010, a été condamné à onze ans de prison pour avoir demandé sur le web qu’une négociation s’engage entre les dissidents démocrates dont il était le leader, et le Parti communiste, pour une évolution à long terme de la Chine vers la démocratie : ce que la Constitution prévoit. Liu Xiaobo, écrivain non violent, est depuis lors incarcéré pour atteinte à la sécurité de l’État ; son épouse Liu Xia, poète et photographe, est également incarcérée, parce qu’elle a le tort d’être la femme de Liu Xiaobo.

Voici pourquoi les étudiants de Hong Kong ont pour seul recours pour exiger des élections démocratiques – qu’avait acceptées le gouvernement chinois au moment de la rétrocession du territoire par la Grande-Bretagne – de manifester dans la rue. Il n’existe pas en Chine, ni à Hong Kong, récupérée par la Chine, d’autre voie qu’affronter le pouvoir puisqu’il n’écoute pas, ne dialogue pas ou fait semblant.

Ces étudiants de Hong Kong, comme ceux de Tien Amnen, sont-ils des marginaux dans la société chinoise ou la représentent-ils ? La même question avait été posée lors de l’attribution controversée du Prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo : était-il un porte-parole légitime ou une créature occidentale ? En l’absence de sondages ou d’élections libres, on ne peut pas répondre à cette question, mais ce n’est pas dans ces termes théoriques que la plupart des Chinois se la posent. Quand on voyage en Chine et que l’on dialogue avec des Chinois de toute catégorie, le désir manifeste est de pouvoir choisir ses dirigeants locaux, d’accéder à une justice indépendante, de traiter avec des fonctionnaires honnêtes et avant tout, d’être « entendus ». « On ne nous écoute pas ! », telle est la plainte générale contre le régime communiste. Les étudiants protestataires sont dans une impasse parce qu’on ne les écoutera pas et les dirigeants communistes sont aussi dans une impasse parce qu’ils se condamnent à la dénonciation, à la censure ou la violence, réduisant d’autant leur légitimité.

Une évolution démocratique du régime communiste est-elle envisageable ? Xi Jinping, le Président chinois, l’a explicitement exclue : « la démocratie n’est pas chinoise », dit-il. Liu Xiaobo lui-même ne fut jamais optimiste sur l’avenir démocratique de la Chine : « il nous faudra des siècles », dit-il, pour que le peuple intériorise la notion d’état de droit. Liu Xiaobo avait également écrit – ce qui lui fut reproché lors de son procès – que Hong Kong avait eu le privilège d’être colonisé par les Britanniques, une école de la démocratie dont n’avait pu bénéficier le reste du continent chinois.

En vérité, ce qui menace le Parti communiste chinois, ce sont moins les rébellions locales de la Chine intérieure ou les manifestations d’étudiants que l’incertitude économique : l’éclatement de la bulle spéculative immobilière, par exemple. La classe moyenne chinoise investit ses économies dans la pierre : si les prix venaient à s’effondrer, ces nouveaux Chinois, qui constituent le socle du Parti communiste, se trouveraient ruinés. Les Chinois, en dit l’économiste « dissident », Mao Yushi, tolèrent de renoncer à la liberté, mais ils ne pardonneraient pas au Parti communiste de perdre leur épargne.

Parmi tous les futurs possibles en Chine, le statu quo est envisageable mais il n’est pas certain : le pays est un champ de mines susceptibles d’exploser à tout moment dans les lieux les plus improbables.

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