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Matthieu Ricard: «Je ne serai jamais un gourou»

Posté par cercletibetverite le 8 octobre 2014

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Matthieu Ricard: «Je ne serai jamais un gourou» dans BOUDDHISME IL41_Ricard_4photos  Didier Martenet

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Actu Par Patrick Baumann – 08.10.2014 06:00

Matthieu Ricard: «Je ne serai jamais un gourou»

Le bouddhiste le plus célèbre après le dalaï-lama. Un scientifique, un moine, un homme bienveillant mais non dénué d’humour qui milite inlassablement pour une cause: l’altruisme.

Beaucoup d’apprentis méditants se demandent si, parfois, il vous arrive de vous dire: «Zut, ce matin, je reste au lit.»
Le secret de la méditation, c’est d’en faire quand on n’en a pas envie. Si on ne navigue que par beau temps, on ne saura jamais traverser l’Atlantique et réagir en cas de tempête. C’est très facile de méditer au soleil quand on a le ventre plein, mais le cœur de la méditation, c’est de pouvoir garder une certaine liberté intérieure, un altruisme dans des circonstances de la vie difficiles.

Notre esprit peut être notre meilleur ou notre pire ennemi, dites-vous. Vous avez souvent connu la deuxième occurrence?
Bien sûr, quand j’avais 18  ans, tous les drames de l’adolescence… mais en même temps j’avais toujours l’idée qu’au fond de moi il y avait quelque chose d’invulnérable, un élément qui n’était pas touché par ça, et cela m’a donné beaucoup de confiance. Tout paraît extrêmement difficile à l’extérieur, mais il y a une pépite d’or qui ne demande qu’à venir à la surface et à être polie… Et même si en certaines occasions cette pépite tombe dans la boue, on peut toujours la reprendre et la faire briller! C’est un potentiel extraordinaire qu’on possède en chacun de nous!

En mai 1968, vous préfériez monter sur l’Himalaya que sur les barricades. Déjà la sagesse intérieure?
J’étais un peu sur les barricades, je trouvais ça sympathique mais je n’ai pas lancé beaucoup de pavés.

Ah bon, vous avez lancé des pavés?
Aucun caillou sur quelqu’un, rassurez-vous, mais j’étais à la Sorbonne en même temps que Daniel Cohn-Bendit, je ne pouvais pas y échapper. A cet âge-là, je savais surtout ce que je ne voulais pas dans la vie: m’ennuyer ou souffrir, ne pas lui trouver un sens. Ce sens qui m’a été donné par la rencontre avec mes maîtres spirituels.

Pourquoi aller chercher des maîtres spirituels au Tibet, les exemples occidentaux ne suffisaient pas? L’abbé Pierre, par exemple?
Dans l’Himalaya, on vous indique que tel grand maître vit là, tel autre à trois kilomètres, il y a profusion. A Paris, allez demander où trouver un maître spirituel, mieux vaut demander le chemin des Galeries Lafayette! L’abbé Pierre, je l’ai rencontré bien plus tard. Ce sont les aléas de l’existence. Je n’ai pas de regrets.

Pas de regrets, mais de la nostalgie parfois par rapport à ce monde occidental quitté il y a plus de quarante ans?
Non, ou alors le regret de n’avoir pas pratiqué, aidé plus!

Pratiqué plus? Vous plaisantez?
Non, je suis un peu paresseux. Certaines personnes ont passé douze ans en retraite dans une grotte! Moi seulement cinq! Je suis un peu du genre ramollo! (Rire.)

Sur les chemins de Katmandou, en pleine période hippie, vous n’avez jamais succombé à la tentation des paradis psychédéliques?
Fumer un joint ne m’a jamais tenté, et la cigarette, j’en ai fumé la moitié d’une et j’ai trouvé ça dégoûtant! J’ai goûté un verre d’alcool, trop fort à mes yeux. Faire du vin avec du jus de raisin, c’est pour moi un gâchis total! Mais je ne suis pas un type austère ou janséniste, c’est juste une question de goût!

Est-ce votre formation de biologiste (une thèse en génétique cellulaire) qui vous a fait choisir le bouddhisme plutôt que le christianisme? Faire le pari de croire à un Dieu révélé, comme le suggérait Pascal, heurtait votre rigueur scientifique?
A l’époque, je n’étais pas fondamentalement contre. J’ai lu Maître Eckhart. Mais le rien qui devient quelque chose… ce Dieu dont on ne sait pas l’origine et qui a toute-puissance pour créer, pourquoi ne crée-t-il pas tout le temps? Le bouddhisme m’a paru plus satisfaisant sur le plan intellectuel, mais je ne suis pas un athée militant. Simplement, je ne vois pas comment cela pourrait marcher.

Vous étiez ami avec le célèbre photographe Henri Cartier-Bresson. Est-ce à cause de vous qu’il est devenu bouddhiste à la fin de sa vie?
Non. Je l’ai rencontré longtemps avant et longtemps après. A 18 ans, je lui avais montré certaines de mes photos qui ne l’avaient pas du tout intéressé, ce qui m’avait un peu vexé (sourire). Trente ans après, il a écrit un paragraphe très gentil à mon propos au dos de mon livre L’esprit du Tibet. On est devenus très proches. Il est officiellement devenu bouddhiste à 90 ans! Je l’ai vu quinze jours avant sa mort. Il y avait sur sa table un verre d’eau et une petite image du dalaï-lama. C’était un sacré caractère! Il m’avait grondé lors d’une exposition de mes photos à Paris en me découvrant dans la galerie. «Un photographe ne doit jamais venir à ses propres expositions!»

Une photo est toujours bouddhiste, elle magnifie l’instant présent, non?
C’est ce qu’a dit Cartier-Bresson au dalaï-lama. Qui lui a répondu, taquin: «Mais pas du tout! Quand vous prenez la photo, vous imaginez l’avenir et, quand vous la regardez, vous êtes dans le passé!»

Empathie, bienveillance, compassion, ce ne sont pas des termes interchangeables à vos yeux, pourquoi?
C’est important de faire la différence. Le burn-out, par exemple, qui affecte près de la moitié du personnel soignant, est une détresse empathique qui naît d’un épuisement émotionnel. Alors que la compassion et l’amour altruistes sont situés ailleurs, dans deux réseaux différents du cerveau. En cultivant la bienveillance, on remédie à la détresse empathique. C’est l’objet des travaux de la neuroscientifique Tania Singer, directrice de l’Institut Max Planck, à Leipzig, auparavant à l’Université de Zurich, avec qui je collabore.

La chaleur humaine, le bon cœur, ça se cultive comme une plante d’appartement et vingt minutes par jour suffisent à transformer un individu?
Oui. L’empathie fatigue, il y a une fatigue de l’empathie, jamais de la compassion. L’amour altruiste ne se fatigue pas!

Il faudrait imposer la méditation quotidienne dans les écoles, l’inscrire dans la Constitution?
Non, on peut obliger les gens à respecter les feux rouges, mais on ne peut pas les obliger à méditer. On ne peut que les inspirer à se transformer! A devenir plus altruistes, à s’occuper des animaux. C’est le thème de mon dernier livre, Plaidoyer pour les animaux. Il y a une énorme incohérence dans nos sociétés qui ont fait d’énormes progrès en matière de droits de l’homme, de la femme ou de l’enfant, mais qui n’accordent que très peu de valeur à la vie animale. On tue cent milliards d’animaux pour notre consommation quotidienne et mille milliards d’animaux marins.

Pourtant, on idolâtre son chat et on offre des séances psy à son chien?
C’est le grand paradoxe. La France s’émeut quand un voyou lance un petit chat contre un mur en se filmant mais, le même jour, 500 000 animaux sont abattus dans des conditions atroces. Je ne veux pas condamner, simplement dire: je vous en supplie, ne détournez pas le regard, la face cachée des abattoirs, ça existe! Les animaux sont des êtres sensibles. Nous sommes peut-être plus évolués qu’eux sur certains plans, mais ils ont aussi des capacités dont nous sommes dépourvus. Usain Bolt court moins vite qu’un chat et Michael Phelps nage à la vitesse d’une carpe, et une carpe, franchement, ça ne nage pas très vite! Une tortue ne peut peut-être pas jouer une fugue de Bach, mais elle peut vivre, elle, jusqu’à 350 ans!

On vous voit à l’ONU, au Forum de Davos, nous sommes ici au cœur de la «city» genevoise, dans les locaux de la Fondation Lombard Odier, co-organisatrice de ce cycle de conférences sur la philanthropie que vous inaugurez à l’université. Vous croyez vraiment pouvoir transformer le loup capitaliste en agneau altruiste?
A Davos, il y a des économistes comme Joseph Stiglitz ou d’autres qui travaillent sur la notion d’économie de la solidarité. Si je suis invité, c’est que cela intéresse. Petit à petit, les mentalités changent!

Vous ne craignez jamais d’être pris pour un alibi humanitaire?
Je dissipe très rapidement toute équivoque! Je ne suis pas là pour adhérer au système d’Homo economicus. Je suis là pour essayer d’inspirer une économie solidaire. Notamment l’économie du Caire, incarnée par un homme comme Muhammad Yunus (Prix Nobel de la paix 2006). Le business doit profiter à la société. L’argent est au service de la société, pas le contraire! Si on peut le dire à Davos et ailleurs, tant mieux!

Vous êtes devenu une star planétaire. Vos conférences sont bondées, vos livres se vendent par centaines de milliers, la peur de devenir un gourou ne vous effleure jamais?
Non. Aux gens qui me demandent de pouvoir étudier avec moi, je réponds toujours: je vais vous rendre le meilleur service de votre vie. Allez voir mes maîtres spirituels au Tibet. Attention au miroir aux alouettes, moi je ne suis qu’un disciple, un interprète qui essaie de partager les idées qui lui sont chères. Je ne me prends pas la tête, je ne serai jamais un gourou!

Notre société stressante met pourtant la zénitude à toutes les sauces, même sur les crèmes de beauté, cela vous inspire quoi?
Qu’il y a une nostalgie pour la tranquillité! (Rire.) Moi-même, quand j’arrive sur le balcon de mon ermitage au Népal et que je sais que je vais avoir trois mois de tranquillité devant moi, je suis heureux, je prends une bonne douche froide et j’oublie en dix secondes le monde moderne.

Vivre en ermite, c’est comment?
Tranquille, justement (sourire). Mon ermitage est grand comme cette table, soit environ 2,80 mètres sur 3. Pas de chauffage, un peu d’eau froide, un petit gaz, une baie vitrée sur l’Himalaya. Et là je peux vivre avec 40 euros par mois!

Vous avez fait vœu de célibat et de chasteté. Un thème qui agite les esprits dans l’Eglise catholique. Dans la communauté monastique tibétaine aussi?
Non. Mes deux maîtres spirituels étaient mariés avec des enfants et n’avaient pas choisi de prendre les vœux. J’ai choisi le célibat et la chasteté par cohérence, si je désire partir trois ans en retraite et que j’ai trois enfants, je leur fais du tort.

La sexualité, n’est-ce pas aussi une forme d’altruisme?
Cela dépend comment elle est vécue. Si c’est avec obsession, elle peut être source de souffrance.

Vous avez hésité avant d’y renoncer?
Jusqu’à 30 ans, les options étaient ouvertes. Mon maître m’avait conseillé de ne pas me marier avant cet âge-là. Il ne m’avait pas dit d’être chaste mais d’attendre. Et j’ai choisi de ne pas avoir des responsabilités qui ne cadraient pas avec mes activités. Je m’en porte très bien.

Le 9 février dernier, le vote de la Suisse à l’égard des étrangers n’était pas très altruiste, qu’en pensez-vous?
Je ne donne aucune leçon. Mais il faut se rendre compte que nous sommes à peine au début d’un grand mouvement migratoire. Si on ne fait rien par considération pour autrui, ce sont 200 millions de réfugiés climatiques qui vont débouler à nos portes d’ici cinquante ans. Avec des conflits graves à la clef.

Un souhait particulier pour votre prochaine réincarnation?
Cette citation souvent prononcée par le dalaï-lama: «Autant que l’espace durera, autant qu’il y aura des êtres, puissé-je moi aussi demeurer pour soulager la misère du monde.» Cela peut prendre encore 100 000 vies!

On va donc vous revoir, Matthieu Ricard?
Oui. Peut-être sous la forme d’une souris. On ne sait jamais!

«Plaidoyer pour les animaux», Allary Editions.
www.karuna-shechen.org

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